Henry Duhamel se déplace en toutes saisons dans les superbes montagnes du Dauphiné, mais l'hiver reste une saison problématique. Le cheval et l'usage du traineau tracté par un attelage trouvent des limites lorsque la neige atteint des hauteurs vertigineuses. Le sportif ne trouve plus moyen de rester en forme avec des exercices en plein air. Le bouillant sportif songe à randonner en raquettes. Mais il lui semble qu'elles ne sont pas au point pour la randonnée et il ne parvient pas à en faire fabriquer de façon satisfaisante à semelles larges.
En 1878, soucieux de trouver de grandes raquettes canadiennes, il visite l'exposition universelle de Paris, et un représentant norvégien affable lui fait découvrir les longues et étroites planchettes que ses compatriotes scandinaves emploient en hiver. Il achète la décoration du stand du royaume unifié de Norvège et de Suède, ce sont des patins à neige traditionnels, planches en bois destinées à glisser sur la neige qui ont été présentés habilement par un Norvégien. De retour dans les Alpes, il comprend que la fixation sous forme de simple lacet est complexe et faute d'une maîtrise de ce lien avec une chaussure adaptée, le maladroit va mettre plusieurs années à en comprendre le fonctionnement. En 1889, disposant de meilleures fixations bricolées par un artisan, il réussit à Chamrousse une essai concluant, qui se termine par une culbute finale. Il entreprend alors un voyage en Finlande en 1890, déjà familiarisé et initié sur le terrain avec des Lapons, il en comprend le maniement, les essais sont concluant, le ski devient un exercice agréable et un plaisir de tourisme, dans l'air vivifiant. Heureux, Henry Duhamel importe quatorze paires de skis, munis de bonne fixation fabriquées en Norvège et s'empressent au fil des années de les distribuer à ses amis. En novembre 1895, quelques-uns de ses amis sportifs, skieurs suffisamment émérites, décident de se rassembler dans un ski-club à l'imitation des anglo-saxons. L'association voit ses statuts reconnus officiellement le 1er février 1896. Le ski, loisir bourgeois et citadin, naît en France.
Le premier président du ski-club des Alpes est le fondateur du Rocher-Club, Ernest Thorant. Henry Duhamel a décliné la présidence, car il ne réside pas à Grenoble. Le 1er mars 1896, une première séance commune et festive sous l'œil des journalistes alpins est organisé en présence d'un officier moniteur de l'armée suédoise sous forme d'un trajet Lans-en-Vercors à Autrans, avec retour par la Croix-Perrin. Le Moniteur Dauphinois en publie d'abondants compte-rendus dès le 7 mars 1896. La presse alpine détaille à longueur de colonnes la technique et le matériel. La longueur des skis doit être proportionnelle à la taille du skiste (skieur) et à sa capacité de marche (foulée et longueur de jambe). L'appui ou l'équilibre doit être obtenu sans le bâton, qui n'est qu'un poussoir, un impulseur, un frein. Il ne sert que de canne au repos.
De plus en plus, les historiens du ski mettent en doute les propos tenus par Duhamel concernant ses essais en 1878, car il est le seul à le déclarer de façon tardive en 1908, alors que le ski à la mode parvient à son premier apogée. On ne peut pas attribuer la première hivernale de la Croix de Belledonne à Henry Duhamel, car nous avons les preuves photographiques que cette première a été réalisée par Maurice Allotte de la Fuye le 23 février 1890.
Sympathisant du monde sportif de la montagne, il reste qu'il cherche à faire partager sa passion aux autres en publiant de nombreux articles pour le CAF, un Guide du Haut Dauphiné en 1887 avec la collaboration de William Auguste Coolidge et Félix Perrin et un hommage aux troupes alpines : Au pays des Alpins en 1899. Il réalise en 1889, une topographie en couleur du massif des Écrins qui culmine au mont Pelvoux.